L'allée des Sphinx représente l'une des plus impressionnantes réalisations de l'Égypte antique, s'étendant sur trois kilomètres entre les temples de Louxor et de Karnak.
En effet, cette avenue monumentale était autrefois bordée de 1 057 statues, dont 807 sphinx et 250 béliers, témoignant de la grandeur de l'ancienne Thèbes.
Nous sommes face à l'un des plus grands projets de restauration au monde, qui a nécessité près de 70 ans de travaux minutieux depuis sa redécouverte en 1949.
Cette voie sacrée, achevée sous le règne de Nectanébo Ier (378-360 av. J.-C.), servait notamment de route processionnelle pour la célèbre fête d'Opet, où les bateaux sacrés transportaient les divinités Amon-Rê, Mout et Jonsou.
Dans cet article, nous explorerons les mystères et l'importance de cette avenue millénaire, depuis sa construction pendant le Nouvel Empire jusqu'à sa spectaculaire réinauguration en novembre 2021, marquée par une célébration inspirée des rituels antiques.
La construction de cette majestueuse voie processionnelle commence pendant l'une des périodes les plus prospères de l'histoire égyptienne. [ Vacance 8 Jours en Égypte ]
En effet, cette route sacrée, d'une largeur impressionnante de 76 mètres, témoigne de l'ambition architecturale des pharaons de l'époque.
La reine Hatchepsout fut la première à concevoir cette route monumentale.
Son objectif principal était de créer un chemin digne pour les processions du dieu Amon-Rê lors des célébrations religieuses.
Néanmoins, c'est sous le règne d'Amenhotep III que le projet prit véritablement forme, avec l'installation des premiers sphinx entre le dixième pylône du temple de Karnak et l'enceinte du temple de Mout.
Le projet connut une interruption temporaire sous Akhenaton, avant d'être repris par Toutankhamon.
Au fil des dynasties successives, les sphinx furent modifiés, déplacés et réaménagés selon la vision de chaque souverain.
L'allée des sphinx atteignit sa forme définitive sous le règne de Nectanébo Ier (380-362 av. J.-C.).
Ce pharaon de la XXXe dynastie compléta ce chef-d'œuvre architectural en y ajoutant ses propres contributions.
Il fit notamment graver des textes dédicatoires sur les bases des sphinx.
Dans sa configuration finale, l'avenue comptait un total impressionnant de 1057 statues, réparties ainsi :
Après des siècles de splendeur, l'allée des sphinx fut progressivement ensevelie sous les couches de sable et d'alluvions.
En 1893, l'archéologue Georges Daressy rapporta que la partie située près de Louxor était complètement enterrée, tandis que près de Karnak, environ un kilomètre restait visible.
Cette situation perdura jusqu'en 1949, date à laquelle l'archéologue égyptien Muhammad Zakaria Goneim fit une découverte capitale : huit statues près du temple de Louxor.
Les fouilles se poursuivirent avec des découvertes successives remarquables :
Pour dégager cette voie millénaire, les archéologues durent surmonter des défis considérables.
Il fallut notamment exproprier et démolir plusieurs dizaines de constructions modernes qui s'étaient établies au fil du temps sur le tracé historique.
Ce n'est qu'entre 1984 et 2000 que le tracé complet de l'allée fut finalement déterminé, ouvrant la voie à sa restauration complète.
Au cœur de cette voie sacrée, chaque statue raconte une histoire millénaire, témoignant de la profonde symbolique religieuse de l'Égypte antique.
Les 1057 statues qui bordent l'allée des sphinx incarnent bien plus qu'une simple décoration architecturale. [ Splendeur du Nil Louxor et Assouan ]
Les sphinx à tête humaine, au nombre impressionnant de 807, représentent une fusion remarquable entre la puissance physique du lion et l'intelligence humaine.
Cette combinaison symbolise particulièrement la force royale tempérée par la sagesse. Ces gardiens majestueux incarnent la connexion divine sacrée, un privilège exclusivement réservé aux pharaons.
La présence de ces sphinx androcéphales le long de l'allée témoigne d'une tradition profondément ancrée dans la culture égyptienne.
Chaque statue exprime la dualité entre la force brute du corps léonin et la réflexion représentée par la tête humaine.
Cette symbolique particulière suggère l'image d'un souverain dont la puissance est guidée par l'intelligence et la raison.
Les 250 statues à tête de bélier, situées principalement du côté de Karnak, constituent un élément crucial de l'ensemble.
Ces criosphinx symbolisent la puissance procréatrice du dieu Amon.
Entre leurs pattes, on trouve une statuette du pharaon, les pieds joints et les bras croisés sur la poitrine, tenant des insignes royaux.
La présence de ces béliers n'est pas anodine : ils forment une connexion directe avec le culte d'Amon-Rê, l'une des divinités majeures de l'Égypte ancienne.
En effet, Amon-Rê, associé à Mout et Khonsou, formait une triade divine vénérée à Karnak.
L'agencement des statues le long de l'allée suit une logique précise.
Les bases des statues sont entrecoupées de bassins circulaires à fleurs, équipés de petits canaux d'irrigation.
Cette disposition créait non seulement un effet visuel saisissant mais servait également à des fins pratiques pour l'entretien des jardins sacrés.
La répartition des statues reflète une évolution historique : la première section, constituée de sphinx à tête de bélier, fut érigée entre le temple de Karnak et le temple de Mout sous Toutânkhamon.
Par ailleurs, la seconde partie, composée de sphinx à tête humaine, fut ajoutée plus tard sous le règne de Nectanébo Ier.
Cette disposition stratégique des statues créait un parcours processionnelle impressionnant, renforçant la sacralité du lieu.
Les sphinx et les béliers ne servaient pas uniquement de gardiens physiques, mais représentaient également des points d'accès symboliques vers une dimension spirituelle plus profonde.
Parmi les trésors de l'ancienne Thèbes, l'allée des sphinx jouait un rôle primordial dans les cérémonies religieuses, notamment pendant la célèbre fête d'Opet, l'une des célébrations les plus somptueuses de l'Égypte pharaonique.
Cette fête majestueuse se déroulait chaque année au deuxième mois de la saison des crues du Nil. [ Croisière Sur Le Nil H.S Radamis II ]
Les prêtres Ouâb, reconnaissables à leur crâne rasé, portaient sur leurs épaules trois bateaux divins contenant les statues de la triade thébaine : Amon-Rê, son épouse Mout et leur fils Khonsou.
Le cortège débutait au temple de Karnak, où le roi accomplissait les rites appropriés.
Ensuite, les barques sacrées étaient déposées sur l'Ouseret d'Amon, un vaisseau majestueux de cent trente coudées, plaqué d'or et orné de reliefs représentant le pharaon officiant devant le dieu.
La procession pouvait emprunter deux chemins : soit par voie terrestre le long de l'allée des sphinx, soit par le Nil.
Durant ces célébrations, le pharaon occupait une position centrale, incarnant le lien sacré entre le monde terrestre et divin.
Dans le sanctuaire de Louxor, il pratiquait le rituel de "l'ouverture de la bouche" sur la statue divine, utilisant l'herminette sacrée.
Ce geste symbolique transmettait magiquement l'énergie vitale d'Amon-Min à Amon-Rê.
À l'origine, les festivités duraient onze jours, mais sous les Ramessides, elles s'étendaient sur près d'un mois.
Des danseurs, chanteurs, acrobates et musiciens animaient la fête devant la population locale et les soldats rassemblés le long de l'allée cérémonielle.
La fête d'Opet revêtait une double dimension, à la fois religieuse et politique. Pour le peuple, c'était l'occasion d'interroger le dieu via l'oracle, obtenant des réponses soit par la voix d'un prêtre, soit par un mouvement de la statue divine.
Les cérémonies incluaient également :
Cette célébration annuelle servait aussi à renouveler le pouvoir royal et à réaffirmer la légitimité divine du pharaon.
Lorsque le souverain émergeait du "lieu de sa justification", sa métamorphose visible attestait son statut de "dieu parfait" sur le trône d'Horus.
Fait remarquable, cette tradition millénaire perdure encore aujourd'hui à travers la fête musulmane d'Abou Haggag, célébrée annuellement à Louxor, où des petits bateaux sont promenés en procession autour de l'enceinte du temple.
Pendant des siècles, l'allée des sphinx demeura ensevelie sous le sable et les constructions modernes, jusqu'à sa spectaculaire redécouverte au milieu du XXe siècle.
Cette renaissance archéologique marque le début d'une aventure extraordinaire qui s'étend sur plus de sept décennies.
Le 18 mars 1949 marque un tournant décisif dans l'histoire de l'archéologie égyptienne. L'archéologue Muhammad Zakaria Goneim fait une découverte remarquable : huit premières statues de sphinx près du temple de Louxor.
Cette trouvaille initiale, bien que modeste, ouvre la voie à l'une des plus grandes entreprises de restauration archéologique jamais entreprises.
Les fouilles se sont intensifiées progressivement, révélant l'ampleur monumentale de cette voie sacrée. Entre 1958 et 1961, les archéologues M. Abdelqadr et M. Abdelraziq mettent au jour dix-sept nouvelles statues.
Cette découverte est suivie d'une période particulièrement fructueuse entre 1961 et 1964, durant laquelle cinquante-cinq statues supplémentaires sont exhumées.
Les années 1984 à 1991 marquent une nouvelle phase cruciale sous la direction de M. Al-Saghir, qui explore trois sections distinctes de l'avenue.
Ces travaux méticuleux permettent finalement, entre 1984 et 2000, de déterminer le tracé complet de cette voie processionnelle.
La restauration de l'allée des sphinx, longue de 2,7 kilomètres et large de 76 mètres, s'est heurtée à des obstacles considérables.
Les archéologues ont dû faire face à plusieurs défis majeurs :
Les travaux ont connu une interruption significative en 2011 en raison de la révolution égyptienne, avant de reprendre en 2017.
Cette pause forcée n'a néanmoins pas empêché les découvertes remarquables qui ont enrichi notre compréhension de l'histoire thébaine.
Les fouilles ont également révélé des vestiges inattendus des époques ptolémaïque et romaine.
Parmi les découvertes notables figurent des ateliers de poterie, un four pour la céramique, ainsi qu'un ensemble de bâtiments comprenant des fabriques de vin et un réservoir d'eau.
En 2020, une controverse éclate lorsque quatre sphinx à tête de bélier sont déplacés vers la place Tahrir du Caire.
Néanmoins, les travaux de restauration se poursuivent, visant à restituer à l'allée son aspect d'origine, tel qu'il était à l'époque des pharaons.
Dans l'ancienne capitale de Thèbes, l'allée des sphinx s'impose comme un chef-d'œuvre d'urbanisme religieux, reliant deux des plus importants complexes sacrés de l'Égypte antique.
Cette voie monumentale, d'une largeur impressionnante de 76 mètres, témoigne d'une planification urbaine minutieuse.
Cette route sacrée, autrefois nommée "La voie de Dieu", s'étend sur 2700 mètres. Elle relie le temple d'Amon au temple de Karnak en passant par le temple de Mout.
Le pavage en grès, flanqué de statues majestueuses, crée un parcours architectural unique. Des aménagements spécifiques ponctuent ce chemin sacré, notamment des bassins circulaires à fleurs, équipés de petits canaux d'irrigation.
Des installations particulières enrichissent également le parcours :
L'entrée principale du temple, invariablement orientée vers le Nil, comprend un quai sur le fleuve.
Les pylônes, véritables portes monumentales, sont décorés de statues colossales de souverains et flanqués d'obélisques, symboles solaires.
Des oriflammes flottaient au vent sur de grands mâts encastrés dans la maçonnerie massive des pylônes, symbolisant les montagnes de l'horizon entre lesquelles se lève le soleil.
Karnak, vaste complexe au nord de Thèbes, constitue la plus grande enceinte religieuse de l'Égypte antique.
Ce site exceptionnel abrite des temples dédiés à plusieurs divinités majeures : Amon-Rê, Montou, Mout, Jonsou et Ptah.
Cette voie processionnelle se distingue comme la plus longue de l'Antiquité. Sa conception architecturale unique intègre des éléments fonctionnels et symboliques.
Les sphinx et les béliers qui la bordent créent un corridor sacré sans équivalent dans l'histoire de l'architecture religieuse.
Zahi Hawass, éminent égyptologue, qualifie d'ailleurs le site de Louxor de "plus grand musée à ciel ouvert, le plus grand site archéologique du monde qui raconte l'histoire de l'Égypte depuis l'époque de 2000 ans avant notre ère".
Cette description souligne l'importance exceptionnelle de l'allée des sphinx dans le patrimoine mondial.
Novembre 2021 marque un tournant décisif dans l'histoire de l'allée des sphinx avec son inauguration spectaculaire après des années de restauration méticuleuse.
Cette célébration grandiose a ravivé l'esprit de l'antique fête d'Opet, mettant en scène des centaines de danseurs et danseuses en costumes pharaoniques.
La cérémonie d'inauguration a brillamment mis en valeur le patrimoine culturel égyptien.
Des barques dorées portant les statues d'Amon, Mout et Khonsou ont défilé au son de compositions musicales inspirées de l'ancienne Égypte, tandis que des feux d'artifice illuminaient le Nil.
Cette renaissance monumentale s'inscrit dans une vision plus large de préservation du patrimoine.
En effet, le site de Karnak et ses temples, ainsi que les nécropoles de la vallée des Rois et de la vallée des Reines, sont désormais inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO.
L'impact économique de ce trésor archéologique est considérable. Le secteur touristique, qui emploie deux millions d'Égyptiens et génère plus de 10% du PIB national, bénéficie particulièrement de cette restauration.
D'ailleurs, tous les hôtels de Louxor affichaient complet lors de l'inauguration.
Les travaux de restauration se poursuivent activement.
Actuellement, seul un tiers des sphinx de l'Antiquité a été découvert et restauré. Les archéologues continuent leurs fouilles, promettant de futures découvertes passionnantes.
Des vestiges inattendus, comme des ateliers de poterie et des fabriques de vin de l'époque ptolémaïque, enrichissent régulièrement notre compréhension de ce site exceptionnel.
L'allée des sphinx s'impose aujourd'hui comme une attraction majeure, attirant des millions de visiteurs chaque année.
Les spectacles son et lumière, projetés sur les murs des temples et le long de l'avenue, offrent une expérience nocturne saisissante.
Ce projet s'inscrit dans une dynamique plus large de mise en valeur du patrimoine égyptien.
Prochainement, Le Caire inaugurera le nouveau Grand Musée égyptien près des pyramides de Gizeh, renforçant ainsi le rayonnement culturel du pays.
L'égyptologie devient ainsi un véritable atout pour l'Égypte moderne.
Zahi Hawass, éminent égyptologue, qualifie justement le site de Louxor de "plus grand musée à ciel ouvert, le plus grand site archéologique du monde qui raconte l'histoire de l'Égypte depuis l'époque de 2000 ans avant notre ère".
Q1. Quelle est la longueur de l'Allée des Sphinx à Louxor ?
L'Allée des Sphinx s'étend sur une distance impressionnante de 2,7 kilomètres, reliant les temples de Louxor et de Karnak.
Q2. Combien de statues bordent l'Allée des Sphinx ?
L'Allée des Sphinx était autrefois bordée de 1057 statues, dont 807 sphinx à tête humaine et 250 statues à tête de bélier.
Q3. Quelle était la fonction principale de l'Allée des Sphinx dans l'Égypte antique ?
L'Allée des Sphinx servait de voie processionnelle sacrée pour les cérémonies religieuses, notamment la fête d'Opet, où les statues des divinités étaient transportées entre les temples de Karnak et de Louxor.
Q4. Quand a commencé la redécouverte de l'Allée des Sphinx ?
La redécouverte de l'Allée des Sphinx a débuté en 1949 avec la mise au jour de huit statues près du temple de Louxor par l'archéologue Muhammad Zakaria Goneim.
Q5. Quel impact a la restauration de l'Allée des Sphinx sur le tourisme à Louxor ?
La restauration de l'Allée des Sphinx a considérablement stimulé le tourisme à Louxor, attirant des millions de visiteurs chaque année et contribuant de manière significative à l'économie locale et nationale.
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